Ceci est un espace blanc

 

Ricelys´ choice Ceci est un espace blanc

Chapitre 1 . Santo Domingo

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14 juillet 2006

Il faisait encore noir. Une pâle lueur se faufilait par les fentes du volet mécanique. Je me versais de l’eau au moyen d’un gallon en plastic dont on avait découpé le dessus. Je reprenais de l’eau dans le grand bassin qui était sur le sol de ma douche. Il s´était rempli lentement, pendant les quelques heures où nous avions eu de l’eau. Tout était rationné dans mon pays. L´électricité, l´eau. Mon visage tourné vers le haut, les yeux fermés, j’attendais cette eau froide qui allait d’abord éclabousser mon visage, puis rebondir sur mes épaules, et couler tout le long de mon corps. Mes seins pointaient, se durcissaient sous l’effet du froid. Je pris un savon, et me frottai tout le corps. Mon visage, mon cou. Puis je pris mes seins, les enveloppai de savon, descendis sur mes hanches, mes fesses. Je fis d’abord la jambe droite, descendis de tout son long, soulevé le pied. La gauche. J´étais recouverte de mousse. Mon mari aimait bien mes fesses, mon corps, la forme de mes seins. Mes lèvres, mes yeux, mon nez fin. Ma manière de parler de mon pays, ma famille, mes amis. Il riait de ma manière de raconter les histoires. Je pouvais parler de tout. Il me regardait en souriant, attendri. Je suis dominicaine. Avec le nez fin, pas grossier comme on dit chez moi, cela remonte à mes origines espagnoles. Et cubaine. Mes lèvres, s’entrouvrent sur une dent de travers, me donne ma personnalité. Avec mon premier salaire j’ai fait changer mon prénom de Dominique en Ricelys. Dominique, nique s’en allait… J’avais ce nom en horreur. Dominique, nique s’en allait… Tous les enfants criaient mon nom à mon passage. Pendant des années j’avais du subir leurs quolibets. C´était il y a 44 ans. Je suis née à mille cinq cents mètres d´ici, de l´autre côté de l´autoroute. En bout de piste de l´aérodrome de « Las Americas ».  J´en ai vu des carlingues, les avions étaient si bas que toute la rue s´obscurcissait. Comme une éclipse. Il faisait encore nuit. Les murs qui avaient emmagasinés la chaleur toute la journée s’étaient refroidis. A 25 degrés. Froid, ici à La Caleta, où la moyenne annuelle est de 32 °. Je m’agenouillai et repris de l’eau. Je m’éclaboussais. J’enlevais le savon. Encore de l’eau. Et encore. Ah que c’était bon. Je pris l’essuie. Mon mari, Jean-Luc me manquait. Lui qui si souvent m’avait lavé, caressé, séché. Il était loin maintenant. Je me sentais abandonnée. Tant d’européens repartaient là-bas de l’autre côté de l’atlantique, envoyaient de l’argent, pour avoir bonne conscience. On ne les revoyait jamais plus. Ils s’étaient allés à aimer, à montrer leur supériorité, à jouer à l’amant. Pour eux c’étaient facile, ils gagnaient vingt fois plus là-bas. Ils dépensaient en deux semaines ce qu’ils gagnaient en un jour. Nous nous étions laissées aller à les croire, à rêver de les accompagner quand ils repartiraient. Nous étions très obéissantes, très gentilles. Nous avions trouvés notre ticket de sortie. Et s’il m’avait laissée ? Il avait pleuré en se retournant et se dirigeant vers la douane de l´aéroport de La Romana. Peut-être savait-il qu’il m’abandonnait avec mes enfants. Toute ma vie j’avais rêvé de découvrir le monde. De quitter l´île. Mais c´est lui qui partait. Qui partait pour Frankfort en Allemagne. Seul. Et si je ne le revoyais plus jamais ? J’étais seule. J’étais si seule. Non. Pas lui. Il avait pleuré car il partait. Car ils nous laissaient derrière lui. Il était différent des autres. Il pleurait car il ne nous reverrait pas avant quelques mois. Quelques années ? La tête me tournait. Je ne savais plus que penser. J´aime mon pays. J´aime vivre dans mon pays. J´ai huit sœurs et quatre frères. J´ai douze oncles et tantes. Et je ne vous parle pas de mes cent cousines et cousins. Et mes amies. Et toutes mes voisines et voisins, mes compagnons de travail. J´allais le rejoindre. Je voulais le rejoindre en Allemagne. Je ferais tout pour le rejoindre. Je l’aimais plus que ce ticket. Je ne lui avais pas dit que je l’aimais. C’est difficile de dire je t’aime. Et si je l’aimais seulement pour quitter l’île ? Non. Il était parti il y a un mois. Me laissant toute seule. Avec mes enfants, Jules César, seize ans en Septembre et Carlos Martin qui venait d´avoir treize ans. Non, nous allions le rejoindre et enfin être tous ensemble. J’y croyais. J’en étais sûre Nous avions rendez-vous à l´ambassade d´Allemagne aujourd´hui à Saint Domingue. J´avais complété tous les documents pour nous trois. Vingt-neuf pages par personne, des extraits de naissance, des feuilles de renseignements. Je mis un panty sexy que Jean-Luc m´avait offert. Je cherchai ce que j´allais mettre aujourd´hui. Une tringle, faite d´une branche d’un pouce polie ,entre deux murs d´un renfoncement où un jour je placerais un placard, supportait tous mes vêtements. Une large planche au-dessus regorgeait de vêtements pliés et déposés dans tous les sens. En-dessous, un amoncellement de chaussures de toutes les couleurs, de toutes les formes débordait, et je devais régulièrement les repousser. Une centaines de porte-manteaux couverts de blouses, de jeans, de pantalons, d’ensembles se disputaient le moindre centimètre. Je sortais des blouses de cette jungle bariolée, que je jetais sur le lit. Non cette blouse ne m´allait pas, plutôt celle-ci. Ce T-shirt ? Non, trop collant, trop sexy. Ah, celle-là, elle était blanche avec un peu de dentelles. Elle avait une petite tâche sur le côté, mais elle me plaisait. Je pris un jeans avec des broderies fines sur les poches arrières. Je sautai plusieurs fois pour entrer dedans. Comme toutes les femmes de mon pays, je portais des vêtements moulants. Nos formes sont ainsi mises en valeurs. Nous sommes fières de notre corps. Je choisis une fine ceinture brodée de pierres turquoise. J´avais un grand miroir. Je me regardais, tournais mon derrière vers le mirroi. L´aube pointait et repoussait les ombres, les meubles prenaient vie, les taches se découvraient sur les murs gris de béton. Quelques coups de rouleau de peinture blanche çà et là, maculaient les murs, comme préparation à une couche future de finition. Qui ne viendrait peut-être que dans quelques mois, si je vendais un peu plus d’assurances. Je me rappelle la première fois que Jean-Luc était entré ici. J´avais été honteuse. C’était le soir. Pour une fois il y avait de l’électricité. La rue était dans le noir et çà et là une lampe de ville perçait la nuit. Un peu de lumière suintaient au travers des fentes des fenêtres et des portes. Les familles étaient assises près des portes, attendant que les maisons se refroidissent un peu. Nous étions entrés par la grande porte, en traversant la petite terrasse couverte. Tout était en béton. Les murs, les colonnes, le toit. La porte donnait sur une grande pièce de trois sur neuf mètres de large. Devant moi, un divan deux places et à droite un fauteuil. A côté du divan une armoire d´exposition, en armature de fer et vitres. Les étagères de verre étaient encombrées d’objets que j’avais fabriqués et que je vendais : des bougies de couleurs, des savons et des crèmes, d’autres « adornos ». L´une était brisée et toutes étaient couvertes de poussières malgré des nettoyages réguliers. Et devant les fauteuils, une table basse de salon sur laquelle un vase bas remplis de fleurs sèchées. Les ampoules étaient toutes de 25 Watts. Deux luminaires n’éclairaient que quelques mètres carrés du plafond gris en béton au-dessus de la salle à manger et salon. La cuisine ne possédait ni fenêtre ni lumière et elle supportait bien l’éclaboussure qui venait du plafonnier de la salle à manger. La lumière arrivait très difficilement jusqu’au sol. Des grands carrelages clairs sur le sol étaient ma fierté et donnait un peu de clarté supplémentaire. J’avais pu les mettre après avoir vécu cinq ans sur du sable dur, puis sur du béton brut. La salle à manger était entre le salon et la cuisine "américaine". La table de couleur acajou sombre luisait entourées de 6 chaises sculptées. Trois étaient démantelées depuis le premier jour. Une nappe vert olive de trente centimètres de large bordée de dentelles, que j’avais faite allait d’un bord de la table à l’autre. En son milieu un « adorno », quelques roses artificielles plantées dans une belle poterie trônait au centre donnant la réplique à celle de la table de salon et d’autres placées sur un petit boudoir. Le plafond était haut, comme je l’avais demandé lors de sa réalisation, deux rangées de parpaing de plus qu’habituellement. En effet, le plafond était soit collé immédiatement au ras de la fenêtre ou trente centimètres au-dessus. Chez moi il se trouvait à près d’un mètre, ce qui donnait beaucoup de prestance. Des ouvertures servant de fenêtres étaient fermées par des grilles à l´extérieur. Des voilages, terminées par des dentelles et des rideaux ralentissaient un moment la poussière d’entrer, mais la plus fine se déposait partout. Jean-Luc vivait dans cette grande villa, « Mariposa », à Juan Dolio. A quelques centaines de mètres de la résidence du Président. La maison était construite le long d´une piste. Le terrain de vingt-cinq mètres de large par trente mètres de long, était entouré par un mur d´un mètre quatr-vingt du côté intérieur, et plus de deux mètres vingt à l’extérieur. Le terrain avait été remblayé par les déblais de la piscine. Du sud, du côté du chemin, on pouvait apercevoir par-dessus le mur le premier étage. Un petit mur de cinquante centimètres de haut, tout le long, était rempli de terre et des plantes, des cactus longeaient le mur, entrecoupé en son milieu par la grande porte coulissante pour les voitures, et à la gauche de celle-ci, on entrait par un sas percé. On découvrait d’abord la piscine de cinq mètres fois dix mètres et au fond le bâtiment central haut de deux étages, avec un énorme « tinaco » sur le toit. A l’ouest, sur la gauche, un toit de quinze mètres de long fait de feuilles de palmiers, le tout supporté par six colonnes en bétons et peint en un beige indéfinissable, recouvrait la cuisine, le bar accolé et quelques tables et chaises en polyester tressés avec les décorations et les boiseries en un vert lumineux. A l’époque trois ventilateurs envoyaient les moustiques se balader. La grande maison, axée d’ouest en est, de vingt mètres de large était composée en bas de l´appartement principal, un grand salon, une kitchenette, une grande chambre avec salle bain. A l´étage, que l´on rejoignait à gauche par un escalier extérieur, se trouvait un balcon qui desservait les quatre belles chambres d´hôtes avec douche et toilettes. De là-haut on découvrait le jardin avec ses palmiers, ses bananiers. Au loin on pouvait apercevoir, les autres maisons de l’autre côté de la rue, ainsi qu’un petit carré de la mer entre deux hôtels. Jean-Luc aimait beaucoup la nature et avait planté un palmier à épines, très rare; un arbre du voyageur qui maintenant créait une feuille tous les mois, avait replanté des bananiers à larges feuilles à l’ombre des cocotiers. Le long du mur de l’escalier de la maison, il avait planté tout une variété de cactus et plantes grasses, recueillies lors de ses ballades. Il avait accroché le long des troncs des cocotiers des orchidées sauvages à fleurs minuscules. A l’est près de la piscine tout un massif de bougaivillés. A l’ouest, le long de la maison, des xxxx qui montaient jusqu’à cinq mètres de haut, et à droite un xxxx, arbre national de république dominicaine. Le plan de la maison avait été dessiné par un autrichien qui avait voulu créer un petit hôtel de passe… L’appartement était toujours frais, car au sud le balcon et les cocotiers faisaient de l’ombre, et au nord, lorsque le soleil se déplaçait vers le nord en plein été , les quatre salles de bain étant en surplomb de septante centimètres, suffisant pour faire de l’ombre sur les murs que le soleil ne touchait jamais. Quand Jean-Luc était entré dans ma chambre, qu´avait-il pensé de moi à ce moment-là ? Ses yeux avaient parcouru la pièce.

En montrant le lit, je lui dis : « Carlos l´avait brisé le premier jour en sautant dessus, cela faisait deux ans qu´il était brisé et rafistolé ». Mais pourquoi je lui racontais cela ? Je ne pouvais pas me taire. Je ne pouvais jamais me taire. Je ne pouvais pas mentir. Mais ! Mais qu´est ce qu´il faisait ? Il avait soulevé le matelas pour regarder ce qui était cassé. Qu’est-ce qui lui prenait ? Il me demanda un mètre et mesura la planche brisée sans rien dire. Le soleil allait bientôt se lever. D´ici vingt minutes la chaleur allait s´insinuer partout. Je réveillai les enfants. Carlos était rentré il y a quelques heures. Il adorait jouer avec ses amis la nuit. Quand il faisait plus frais. Il dormait jusqu’à midi, si pas plus tard. Il avait classe l’après-midi, à deux heures. Après s´être lavés rapidement, très rapidement, les enfants s´habillèrent tout aussi rapidement. Ils changèrent plusieurs fois de T-shirt. Ils voulaient être parfaits. Nous sortîmes au moment où les premiers rayons du soleil illuminaient le haut des manguiers. Je tirai la porte, je fermai le cadenas de la grille de la porte d´entrée. Bientôt ce serait le tour des palmiers de prendre feu. En continuant à se lever, le soleil peignait les maisons de cette couleur or et orange clair. Le ciel gris se chargeait de blanc, puis rosissait. Après le soleil se réfléchirait sur mes grandes lunettes de chez Gucci. Cinquante pesos. Une aubaine. De Magdalena, ma sœur qui avait épousé un Français, Michel le ventriloque. J’avais l’air d’une star. Le soleil monterait rapidement au ciel, où il passerait la journée à darder ses rayons. Il aurait l’air de rester très longtemps suspendu au-dessus de nos têtes. Il ne redescendrait que quand nous étions tous déshydratés et cuits. Nous marchions lentement dans le sable et la poussière au milieu de la route, entre les cailloux et quelques petites plaques de goudrons, le reste s’était rapidement fissuré et avait été volé quelques jours à peine après la fin du placement de la route. Lentement, pour ne pas avoir chaud. Pour ne pas suer. Nous sommes comme tout le monde. Au soleil, quand il fait chaud, nous aussi nous suons. Nous nous promenons avec un parapluie. Sinon avec ce que nous avons à la main, un journal, un livre, notre sac à main que nous portons au-dessus de la tête comme protection. Eh oui, nous aussi nous brunissons au soleil. Nous nous dirigions lentement vers le bout de la rue. Au début, les touristes se promènent très vite. Ils n´ont pas encore oubliés leur rythme de citadins européens ou américains. Ils sont ici pour profiter du soleil. De visiter rapidement le plus possible. Alors forcément ils suent et cela donne soif. Ils boivent de plus en plus de boissons fraîches. Des Pina Colada. Des Ron cola, comme on appelle ici le rhum, Ron. Ils suent de plus en plus, jusqu`à ce qu´ils comprennent d´adopter notre nonchalance, de boire moins, de se mettre à l´ombre. Mais il est trop tard, ils sont rouge vif, couvert de crème solaire, et avance alors tout lentement, de peur de faire craquer la peau brulée. Alors, pour supporter la douleur… ils boivent encore plus de pina colada, de ron cola. Peut-être même plus de colada et de ron. Pour oublier la douleur.

La route s´appelle la « calle Mosquea Demetrius ». Du nom de mon grand-père. Il avait acheté un grand terrain de plusieurs milliers de mètres carrés. Il longeait sur deux cents mètres l’autoroute et au milieu se trouvait la calle Duarte. Si la Duarte était une belle route pour deux voitures, et trottoirs, notre chemin, parallèle à la Duarte, avec les trottoirs, était à peine assez large pour se faire croiser deux voitures. Trottoir est un grand mot, une petite bordure de béton posée sur le sol, marquait une frontière bien faible sur le sol. Trois haïtiens se dirigeaient lentement, portant l’un un marteau, l’autre une truelle et le dernier un tournevis et une pince. « Hola, bon dia ». A trois ils allaient construire une maison, le maçon, le plafonneur et l électricien. Plus tard viendrait un plombier. Quelques manœuvres étaient déjà sur le chantier. L’un avait passé la nuit pour surveiller les matériaux. Les autres préparant le ciment pour monter les deux hauteurs de parpaing qu’ils placeraient dans la journée. Les parpaings, contrairement à ceux d’Europe qui étaient fermés au-dessus, étaient ouverts afin de passer des fers à bétons. Ils mettaient donc des petites quantités de ciment sur le dessus. Pas plus de deux rangées car le poids déformeraient les murs. A chaque coin ils coulaient une colonne de béton et tous les deux parpaings, ils glissaient verticalement des fers à bétons. Ils étaient, à chaque bloc, obligés de le soulever très haut et de le faire coulisser sur le fer à béton. Ces fers étaient une sécurité en cas d’ouragans. Ils remplissaient alors de béton les blocs pour fixer les barres. Ils travaillaient toute la journée, en plein soleil, comme des nègres. Chaque peuple possède ses nègres. Les belges, d’abord les italiens, puis les marocains. Les allemands les turcs. Les français les algériens. Les arabes du Maghreb plus d’un million d’européens entre 900 et 1500 après JC.

Encore quelques mètres et nous nous trouvions au bord de l´autoroute qui va de Punta Cana, tout à l’est du pays en passant par Higuaye, La Romana et San Pedro de Macoris vers Santo Domingo. Nous habitions à La Caleta, juste dans l’axe de l’aéroport « Las Americas ». La piste unique de l’aéroport commençait à deux kilomètres environ. Ma maison était construite à cent cinquante mètres de l´autoroute. Et les avions passaient au-dessus de nous. A trois cent mètres de haut. Je disais bonjour à Negrita. Elle aussi se déplaçait lentement, portant un plat de tortillas. Je dis bonne journée à Chica et ses enfants qui étaient prêt à aller à l’école. Les filles avaient les cheveux tressés et remplis de perles de couleurs turquoise, rose, vert acidulé. En venant de l’autoroute, de l’entrée, sur la droite, sur deux cents mètres, tous les vingt mètres étaient une maison appartenant à un des enfants de Démétrius. Et parfois, comme chez moi, la maman avait découpé le terrain en plusieurs parcelles pour ses enfants. Mon frère Martin et ma sœur Moucoura possédait le fond de mon terrain. Et moi j’avais construit ma maison sur l’avant. On arriva au début de la rue, à gauche le petit colmado de deux mètres carrés de tio le professeur, qui gardait tous les Diario depuis des années. Un arbre gigantesque recouvrait de sa frondaison le petit bâtiment. Il vendait des glaçons à trois pesos qu’il avait acheté deux. Des boissons sucrées à quinze sur lesquelles il gagnait 3 pesos. Des cosas et des gâteaux de maïs que sa Coco avait cuits pour les vendre ainsi que les tortillas de Negrita. Des boissons frelatées par son frère. Des plats de riz et des pica pollo tenus au chaud par une lampe...quand l’électricité était là. Et des petits cafés à cinq pesos. Si Jean-Luc avait été là il en aurait pris un. Ou deux. Il en aurait offert un à Tio. Ils auraient parlé quelques moments pendant que je continuais d’avancer. Jean-Luc se sentaient à l’aise partout. Il parlait avec tout le monde. Il n’avait pas peur de leur parler de tout dans un espagnol sans conjugaison, avec beaucoup de vocabulaires. Ils se comprenaient, sinon ils répétaient, ou changeaient de mots. Il faisait même des jeux de mots qui faisaient rire tout le monde. Souvent, quand il arrivait à la Caleta, il s’installait avec les femmes et les enfants près du colmado bar. Parfois Diego, un très bon ami de la famille venait s’asseoir aussi. On sortait des chaises de la maison de xxxx qui était à côté du calmado de tio. Aujourd´hui j´étais seule. Tout le monde pensait à moi. Je le sentais. Parfois de compassion et parfois de jalousie CORRIGEE. Ils pensaient peut-être, tristement, que je m’étais fait avoir par le gringo. Ils me disaient des paroles d’amitié au sujet de Jean-Luc. Même si tout le monde aimait bien mon gringo. Nous tournâmes à droite devant les motos conchos. Je les connaissais tous, depuis qu’ils étaient petits. « Hola » , « Hola ». Ils étaient tous affalés sur leur moto, l’air endormi, ils allaient passer toute la journée à attendre les guaguas. En suivant l’ombre du grand arbre. Un instant dérangés, ils reprenaient leur attente nonchalante. Soudain, ils se mirent tous à allumer leur moto d’un violent coup de pied, démarrèrent sur les chapeaux de roue vers la guagua qui arrivait, là-bas au loin, virant et virevoltant pour prendre la meilleur place, dans un nuage de poussière et de fumée bleue, ils poursuivaient celle-ci sur cinquante mètres jusqu’à son arrêt. Se pressant devant la porte qui allait s’ouvrir pour happer un client potentiel. Deux femmes descendirent et se frayèrent avec un sourire, un passage entre les motos qui se reculaient pour retourner à leur stationnement, aucune des deux femmes ne désirant leur service. Si le calme revint chez les motos conchos, le bruit infernal des camions et voitures qui passaient en lançant de longs coups de klaxons n’avaient pas faibli. Nous nous trouvions juste en-dessous de l’échangeur entre l’aéroport et l’autoroute. En passant devant l’école qui faisait l’autre coin, puis la station des guaguas sin aere, on se dirigea vers l´arrêt des guaguas « con aere », air conditionné. Après avoir traversé la calle« Duarte », le père de la patrie, la route principale qui traversait La caleta, nous arrivâmes enfin à la station. Quelques chaises de plastiques, devant un conteneur, qui la journée était rafraîchi « con aere ». Deux femmes étaient assises sur une chaise vert olive et l’autre violette. Joshua, responsable depuis des années de la station nous salua, appela la gare principale de Boca Chica avec son walkie talkie pour dire qu´il y avait trois passagers de plus. Que cela faisait cinq personnes. Il se tourna vers nous et dit que le bus arriverait d’ici dix minutes. En effet la Guagua « con aere » était un express et ne démarrait vers la capitale qu’une fois complet. Ce qui était le cas maintenant. L´avantage des guaguas conditionnées c´est que les places sont toutes assises. Contrairement aux autres bus, qui une fois tous les sièges occupés, les voyageurs seraient debout dans l’allée et le " cobrador" irait jusqu’à être debout sur le marchepied, avec d’autres passagers s’il le fallait.  Toutes les fenêtres à glissières étaient ouvertes pour donner un semblant de vent. A chaque arrêt, il faisait encore plus étouffant. Nous nous installâmes sur d´autres chaises, afin de préserver le moindre effort. L’Express arriva comme un bolide et freina dans un nuage de poussière. Il était d’argent et lignes bleues vives. Un ramasse-buffle rutilant à l’avant le transformait en tête de footballeur américain, prêt à charger. Les motos concho l’avaient reconnu et n’avaient pas bronchés. Ils savaient que personne ne descend de ces guaguas. Il restait nos cinq places au milieu. On déposa le coussin rigide entre deux sièges et la première femme s´assit. Puis un autre et la seconde s´assit, puis celui de Carlos et il s’installa. Puis ce fut mon tour et finalement César. L’accompagnateur commença à récolter l’argent. Il faisait un signe aux passagers en commençant par le fond. L’argent se déplaçait de main en main jusqu’à l’avant. Pour les clients, à qui il devait rendre de la monnaie, il pliait les billets en deux dans le sens de la longueur, et les coinçaient entre ses doigts, par rangée et quand tout le monde avait payé, il préparait la différence et l’argent repartait par-dessus la tête, et tout cela au son éraillé d´une bachata. Toutes les fenêtres étaient fumées. Tous les rideaux étaient tirés afin que la chaleur n’entre pas. Les guaguas climatisées, étaient aussi des directs. Ils faisaient les 35 kilomètres d´une traite. La Gomez, descente et deplacement des coussins. Vers six heures trente, nous avons atteints le grand pont qui croise le fleuve. Et là, les véhicules, en rang par six, où il n´y avait de la place que pour quatre files. C´était à celui qui se faufilerait le plus audacieusement devant son voisin, une fois vers la gauche, une fois vers la droite. Une fois arrivé de l´autre côté du pont  à Saint Domingue, nous avons longés le du viaduc commencé et terminé par Leonel, après une interruption sous XXXX. Nous sommes descendus près de XXXXX. Une odeur d’essence, de légumes pourris nous assaillit ainsi que la chaleur déjà étouffante. Nous nous  sommes lentement dirigé vers le carrefour XXXXX  qui est animé jour et nuit, où l’on peut trouver des fruits préparés, des boissons et de quoi manger, par-dessous de l´autoroute, pour prendre un taxi. Plusieurs taxis à moitié pleins, attendaient et trois personnes appelaient les voyageurs pour des destinations différentes. « XXX », « Gomez », « xxxxx ». Ah, celui-là, il restait trois places : une à l´avant et deux derrière. Il y avait déjà deux femmes à l´arrière. Elles se glissèrent, je m´installai et Carlos se plaça comme il put et ferma la portière pendant que César se coinçait à l´avant contre un passager. Nous étions sept. Un grand craquement dans la boîte de vitesses, un démarrage saccadé, le taxi pris de la vitesse. La voiture n’avait plus de première vitesse. Le chauffeur passa de la deuxième directement à la quatrième… Une voiture à deux vitesses… J´aime mon pays. Tout le monde se bat pour vivre, pour ramener un peu d´argent à la maison. La vitesse envoyait de l´air frais dans la voiture Cela faisait longtemps qu´il n´y avait plus de carreaux. La carrosserie ne possédait pas un centimètre carré de lisse et était cabossée de partout. Vraiment partout. Jean-Luc disait que les taxis, une fois accidentés, les chauffeurs prenaient un marteau pour les rendre plus effrayant. D’autre fois, il disait qu’ils avaient au moins vingt ans et qu’il n’avaient vu des garage que pour faire le minimum pour les tenir « en vie », aptes à se déplacer Elle était déformée de partout. Pour la course, il avait reçu six fois vingt pesos de nous autres, pour rouler cinq bons kilomètres. Nous sommes arrivés à la Gomez. Là nous sommes descendus et deux hommes et une femme montèrent à notre place. Une autre guagua nous déposa devant l´ambassade d´Allemagne.

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